Dans une série de courts textes, nous allons présenter le changement climatique, ses origines, sa progression, ses impacts globaux. Puis nous explorerons ses conséquences sur l’Afrique, et notamment l’Afrique du Nord. Nous discuterons des transformationsque nos sociétés devraient opérer, et examinerons les raisons de notre inaction, à l’échelle globale et individuel, alors que nous sommes face à une menace existentielle pour l’humanité.
Dans cette première partie, nous allons commencer par présenter le changement climatique, et plus généralement les limites planétaires.
Certains d’entre vous ont peut être vu ou entendu parler du film « Don’t look up », qui décrit plutôt bien, à quelques nuances près, la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Contrairement à la menace qui plane sur l’humanité dans le film, dans notre réalité actuelle, ce n’est pas une menace exogène, contre laquelle nous ne pouvons pas grand-chose, et dont nous ne sommes pas responsables. Nous ne sommes pas face à une météorite, mais à un changement du climat dont nous, êtres humains, sommes responsables. Néanmoins, dans une partie ultérieure, nous verrons que nous n’avons pas toutes et tous la même responsabilité. Comment les humains peuvent ils être responsables d’un changement du climat ? Cela paraît être d’une grande arrogance, dont l’homme sait si bien faire preuve face à une nature qu’il pense avoir réussi à asservir à ses besoins. Nous avons changé le climat, tout simplement, parce que nos activités économiques, principalement, ont émis, en cumulé depuis le milieu du 19ème siècle une quantité de gaz à effet de serre telle que cela a fait augmenter la température moyenne sur le globe.
Plus précisément, le réchauffement observé a atteint 1,24 °C au-dessus du niveau de 1850-1900 au cours de la période 2015-2024, dont 1,22 °C est attribuable aux activités humaines. Les gaz à effet de serre liés à l’activité humaines sont issus de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, mais aussi de l’agriculture, de la déforestation et de certaines pratiques industrielles. Ces gaz (dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d’azote) s’accumulent dans l’atmosphère et renforcent l’effet de serre naturel en piégeant la chaleur émise par la surface de la terre.
En parallèle, la destruction des forêts réduit la capacité des écosystèmes à absorber le carbone. Ce
déséquilibre énergétique entraîne un réchauffement global durable, dont les manifestations incluent l’élévation des températures moyennes, l’augmentation des vagues de chaleur et la perturbation des régimes climatiques. Pour la majorité d’entre nous, qui ne sommes pas climatologues, nous avons du mal à comprendre pourquoi 1,24°C serait problématique. Nous avons tendance à assimiler cela +1,24°C des températures locales. En réalité, cette hausse est une moyenne sur l’ensemble du globale, et sur l’année. Elle traduit des variations régionales et infra annuelles très importantes.
Par ailleurs, la hausse des températures engendre des phénomènes climatiques extrêmes qui ont des impacts importants sur les populations (inondations, incendies, sécheresse, périodes de chaleurs extrêmes). Chaque année, des régions entières subissent d’importantes pertes humaines et économiques. Au cours des cinq dernières années, le monde a connu une série d’événements climatiques extrêmes aux impacts majeurs. Le cyclone Freddy (2023), le plus long jamais enregistré, a frappé l’Afrique australe, causant plus de 1 400 morts et des destructions massives. En 2022-2023, l’Europe a subi des vagues de chaleur records, avec des températures proches de 48 °c en méditerranée et des dizaines de milliers de décès supplémentaires. En Asie du sud, le Pakistan et l’inde ont été touchés par des inondations meurtrières en 2022 et 2024, entraînant des centaines de victimes et des millions de déplacés. Aux États-Unis (l’un des pays majeurs qui freine la lutte contre le changement climatique), l’ouragan Helene (2024) a causé plus de 250 morts et près de 80 milliards de dollars de dégâts. En Afrique de l’Est et australe, la sécheresse persistante a provoqué des crises alimentaires aiguës et déplacé des millions de personnes. Enfin, entre 2023 et 2025, un blanchissement massif des coraux a touché 84 % des récifs mondiaux, illustrant la gravité des effets du réchauffement climatique sur les écosystèmes.
Les Accords de Paris en 2015 prévoyaient de limiter la hausse des températures à 1,5°C d’ici la fin du siècle. Nous devions réduire les émissions globales de 43% d’ici 2030, et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Il n’en fut rien, les émissions de Co2 ont continué à augmenter.

Hausse des émissions de Co2 induites par l’homme
Source : https://climatechangetracker.org
En conséquence, les dernières estimations indiquent que le seuil de +1,5°C de hausse des températures mondiales devrait être dépassé autour de 2029, et +2°C autour de 2048. L’adaptation à +1,5°C est possible, bien que difficile, et certaines populations devront certainement quitter leur lieu d’habitat.
En revanche, les climatologues alertent sur le fait que l’homme n’a jamais vécu dans un climat avec des températures moyennes de +2°C. L’adaptation est en question, et ce sont près de 2 milliards d’individus qui devront migrer. Les climatologues insistent sur le fait que 1,5°c est une limite à ne pas dépasser, car c’est un seuil qui déclenchera des boucles de rétroaction positives, à l’instar de la savanisation de la forêt amazonienne, le dégel du pergélisol, qui libérerait du méthane, ainsi que la fonte des glaciers, notamment au Groenland. Ceci aurait des conséquences catastrophiques pour l’humanité. La perte de capacité de l’Amazonie à absorber le CO₂ transformerait ce puits de carbone en source nette d’émissions. Cela amplifierait le réchauffement climatique, perturberait les régimes de précipitations en Amérique du Sud et affecterait la sécurité alimentaire et hydrique de centaines de millions de personnes. Dans le cas du dégel du pergélisol, la libération massive de méthane (un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO₂ à court terme) enclencherait un cercle vicieux de réchauffement supplémentaire. Elle déstabiliserait également les écosystèmes arctiques, libérerait du mercure toxique et fragiliserait les infrastructures construites sur ces sols gelés (routes, pipelines, habitations). La fonte des glaciers et de la calotte du Groenland aurait une contribution majeure à l’élévation du niveau des mers serait majeure, pouvant atteindre plusieurs mètres sur le long terme. Cela submergerait des zones côtières densément peuplées, provoquerait des migrations massives et menacerait les écosystèmes marins par un afflux d’eau douce perturbant les courants océaniques (comme l’AMOC).
Ces points de bascule ne se limitent pas à des impacts régionaux, ils modifieraient la dynamique du système climatique mondial, accélérant le réchauffement, bouleversant les équilibres écologiques et mettant sous pression les sociétés humaines. Dépasser +1,5°C de réchauffement, c’est entrer sur un terrain inconnu. Nos sociétés connaitraient des bouleversements majeurs, avec une multiplication de crises en cascade aux conséquences dramatiques pour des milliards d’individus. Les pauvres seraient les plus impactés, mais les pays riches ne seront pas épargnés.
Dans une prochaine partie nous examinerons plus en détail les conséquences du changement
climatique.

