Le kiosque en faillite : les Algériens ne croient plus aux urnes

Un mercredi sur deux, Le Kiosque en faillite s’empare de l’actualité à chaud : un point de vue désinvolte et satirique, mais avec le regard acéré d’un caracal…

Assemblée Nationale et Populaire (APN). Source: Wikimedia Commons

 

Plusieurs journaux, un seul refrain. Au lendemain des législatives du 2 juillet, la presse algérienne a gratifié ses lecteurs d’une insulte à l’intelligence pour ne pas dire d’un crachat au visage. « Échec retentissant des partis politiques », titre El Khabar. « La faillite des partis politiques », renchérit Le Soir d’Algérie. « La faillite des partis face à la fin des quotas », ajoute El Watan. Trois manières d’accuser les partis politiques.

Présence falote, absence d’action, pertinence à démontrer. La récolte de sièges a été si maigre qu’on se demande à quoi serviront ces députés. Ils ne pèseront pas lourd devant la légion de ceux qui constitueront la coalition, soutien indéfectible au pouvoir.

Ces titres de la presse oublient un détail. Le terrain est miné pour qui chante faux. Le RCD, le FFS, le PT le répètent depuis des années. Il est impossible de réunir cinq militants autour d’un café à Sahat Echouhada sans que l’administration ne vienne l’interdire.

Le plus troublant, n’est pas tant l’opposition ait perdu. C’est que ce sont toujours les mêmes qui gagnent et on le sait très bien ils ont failli dans la gestion du pays. Le trio FLN, MSP et RND a raflé la mise, comme au bon vieux temps, comme sous le règne des quotas, comme sous Bouteflika et sa issaba, comme depuis trente-cinq ans. Rien n’a changé, sauf peut-être le rythme du bendir.

Il n’y a pas si longtemps, ce même système avait vu fleurir un joli commerce, la vente de places sur les listes électorales. Un scandale que la justice avait déterré elle-même. S’il y a faillite quelque part, elle appartient d’abord à ces partis qui servent de caution permanente au pouvoir en place.

Mais le vrai scoop de ce scrutin, celui qu’on relègue en bas de page quand on flingue les partis, c’est la désertion des bureaux de vote.

C’est 21,24 % de participation officielle cette fois. Un record dans le mauvais sens. Cinq millions d’électeurs se sont déplacés. Vingt millions sont restés chez eux. À regarder les matchs de la Coupe du monde probablement. La campagne, il faut le dire, s’est jouée en pleine compétition et sous une chaleur à ne pas mettre un candidat dehors.

Le patron par intérim de l’ANIE a jugé que l’abstention est un signe des temps. Ce ne serait pas « une spécificité algérienne ». Il a comparé le pays aux « vieilles démocraties » d’Europe, d’Amérique et d’Asie. C’est son organisme qui avait invalidé un tiers des listes de candidats quelques semaines plus tôt pour mauvaise réputation.

On a même prolongé le vote d’une heure le jour du scrutin, histoire de donner une dernière chance aux quatre électeurs sur cinq qui avaient déjà décidé de ne pas venir.

Si l’abstention avait été un programme politique clairement assumé, comme l’ont porté le FFS et le RCD il y a longtemps, on parlerait carrément de victoire écrasante.

Le vrai vainqueur du 2 juillet, ce n’est ni le FLN ni ses deux inusables acolytes, c’est l’indifférence. Quotas ou pas, bourrage ou pas, les Algériens ont rendu leur verdict. Ils n’y croient pas.

Jeter l’anathème sur les partis est facile, et carrément mesquin. La vraie question, celle que personne ne pose dans les rédactions, est de savoir comment un pays peut arriver à un tel niveau d’indifférence.

Plutôt que de nous servir de titres dictés par on ne sait quelle officine obscure, les journaux auraient eu plus de crédibilité à nous dire à quoi rêvent les Algériens maintenant.