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Pour le commun des Algériens (et j’en suis), il y a quand même quelque chose d’étrange dans les déclarations répétées deux fois plutôt qu’une, du ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf. Il a juré la solidarité de l’Algérie avec les pays arabes agressés, reçu leurs ambassadeurs, serré des mains, offert les consolations de rigueur et le rejet cérémoniel de toute atteinte à leur souveraineté.
Et pendant qu’il distribue les tapes dans le dos, l’Algérie, elle, se retrouve objectivement dans le camp des deux satans — États-Unis et Israël — en prenant fait et cause pour des pays bombardés par l’Iran. Les Iraniens, eux, la main sur le cœur, jurent qu’ils n’attaquent pas les pays, seulement les bases américaines posées dessus, comme si le sol, le ciel et les morts faisaient la différence.
Dans cette grande confusion diplomatique, la presse algérienne, fidèle à elle-même, s’est contentée de recopier, in extenso atque ad nauseam, les communiqués officiels servis par l’agence Algérie Presse Service. Pour une explication plus éclairante de la position algérienne, on repassera pour les 30 dinars du journal pour y lire ce que le ministère sert gratuitement.
Petite mise au point : dans cette affaire, c’est « quand deux voyous en attaquent un autre », pour reprendre le titre d’un papier publié quelques heures après l’attaque américaine et israélienne sur l’Iran, dans La Presse, à Montréal, sous la plume de Laura-Julie Perreault.
Sinon, je n’ai jamais eu de tendresse pour le régime iranien ; je viens de cette génération qui écrivait sur les murs d’Alger : « Ni Téhéran ni Kaboul ». Pas moi qui écrivais, mais la génération.
Et pourtant, pour le commun des Algériens (et j’en suis toujours), qui ont été nourris aux élans lyriques des discours rebelles et anticonformistes, voir les dirigeants de la RADP se mettre ainsi à genoux avec la ferveur trouble des renégats, le pantalon aux genoux, la pudeur rangée au vestiaire, prêts à laisser s’insinuer en eux ce qui comblerait le vide laissé par une dignité amputée, c’est étrange, voire obscène.
À part une posture paresseuse se calant sur la position de la Ligue des États arabes, difficile de débusquer, entre les lignes, la moindre explication. Sinon, osons l’analyse de comptoir.
Nous, les Algériens, avons la rancune tenace. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les nouveaux anciens moudjahidine, pleurant sur Facebook le massacre des Ouled Riah — certes dramatique — lors des enfumades perpétrées par Pélissier en 1845, comme si cela s’était passé avant-hier. Que dire alors des politiciens algériens, chez qui le souvenir tranche encore, acéré comme une lame de Boussaadi?
Les Iraniens n’ont jamais été nos amis, et leur fréquentation nous a été porteuse de malheurs plus d’une fois. En 1982, même si ce n’est pas eux qui avaient visé Mohamed Seddik Benyahia, alors ministre des Affaires étrangères, c’est bien parce qu’il tentait de les réconcilier avec leurs voisins irakiens que son Grumman Gulfstream II a fini abattu près de Qotur, en Iran. Les Irakiens ont tiré, les Iraniens ont ramassé les dépouilles. Quel triste retour du bal pour celui qui avait servi d’intermédiaire pour la libération des otages de l’ambassade américaine à Téhéran en 1980 !
En 1993, l’Algérie avait rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran pour « ingérence » et soutien au terrorisme. Cela a duré sept ans.
Abbasi Madani, de sinistre mémoire, rêvait tout haut d’un destin de Khomeini algérien et refusait d’appeler ses disciples à déposer les armes, malgré les demandes répétées deux fois de feu Liamine Zéroual.
Finalement, entre un régime iranien indéfendable et une attaque illégale assumée, ce ne sont pas les principes qui tranchent, c’est juste la taille des missiles. La posture algérienne, quant à elle, ne comptera que le temps des échanges de tirs. Les survivants iraniens nous raconteront.

