Sukuks: opération de trésorerie pour compenser le déficit budgétaire?

L’Algérie a lancé mardi 27 janvier une vaste opération de souscription de sukuk souverains.

 
L’Algérie vient d’émettre pour la première fois des sukuks souverains : 297 milliards de dinars (≈ 2,3 milliards $), 7 ans, 6 % fixe, adossés à des actifs publics, réservés aux Algériens et à sa diaspora .

Officiellement, il s’agit de « développer la finance islamique » et de drainer l’argent du marché informel.

En réalité, c’est aussi une opération de trésorerie pour l’État face à un déficit budgétaire qui dépasse 13 % du PIB.

L’enjeu est double. D’abord, la confiance : les investisseurs auront-ils suffisamment CONFIANCE pour souscrire à ces sukuks ? Un certificat de conformité de la charia n’efface pas le passif budgétaire. Ensuite, le marché informel : estimé à 10 000 milliards de dinars, il n’est pas une simple réserve d’épargne, mais un système rentable et souple. Pourquoi ces acteurs abandonneraient-ils des marges supérieures pour un rendement étatique figé à 6 % avec le gros risque inflationniste qui caractérise l’économie de rente algérienne ?

Le gouvernement présente cette émission comme une « réforme », mais elle ne représente dans les faits qu’un moyen de financement de la dette interne qu’on habille d’un vernis religieux pour la rendre plus digeste. L’État s’efforce d’attirer les capitaux de l’informel qui seraient allergiques à l’intérêt, et en oublie de s’attaquer aux vrais problèmes : les subventions énergétiques, la fiscalité hors hydrocarbures, la corruption et l’inefficacité administrative et surtout les dépenses de fonctionnement sans rendement.

Les 2,3 milliards de dollars de sukuks souverains annoncés sont dérisoires à l’échelle d’un gouffre budgétaire aussi chronique. Même si l’opération est souscrite, elle ne représentera qu’un pansement symbolique.

Les sukuks algériens, à défaut d’incarner la modernisation de la finance islamique, traduisent l’art de maquiller l’impuissance économique par une démonstration de façade. Transformer une dette en vertu religieuse ne peut constituer une solution budgétaire.